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Mulhouse et la ZFE : une marche arrière à contre-courant

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Mulhouse et la ZFE : une marche arrière à contre-courant

Mulhouse n’aura finalement pas de Zone à Faibles Emissions (ZFE) généralisée. Après des années de tergiversations, l’agglomération mulhousienne (M2A) a choisi de renoncer à ce dispositif au profit de mesures jugées moins contraignantes. Une décision qui s’inscrit dans un contexte national troublé, et qui illustre les tensions profondes entre impératifs environnementaux et réalités politiques locales.

Un calendrier en lambeaux

La ZFE devait entrer en vigueur le 1er janvier 2025 dans l’agglomération mulhousienne. Sa mise en oeuvre a d’abord été repoussée au 1er mai 2025, un retard que M2A attribuait à des « concertations réglementaires à respecter ». Mais la ZFE n’est jamais vraiment venue. À Mulhouse, les particuliers ne devaient de toute façon pas être concernés par les restrictions, contrairement aux poids lourds et aux véhicules utilitaires anciens. Un dispositif donc déjà très allégé.

M2A avait d’ailleurs elle-même reconnu que « les solutions ciblées, telles que la piétonisation et la modération des vitesses, seraient plus efficaces qu’une ZFE généralisée », tout en admettant que la ZFE restait « une mesure que M2A doit prendre d’un point de vue réglementaire ».

Un boulevard pour la voiture, littéralement

Pendant ce temps, sur le terrain, une autre bataille s’est jouée avenue Aristide Briand. Cet axe, qui accueillait jusqu’à 14 000 véhicules par jour, avait été entièrement fermé à la circulation automobile de transit depuis juillet 2025, au terme d’un chantier de grande ampleur. Réfection totale de la voirie, élargissement des trottoirs, plantation d’arbres et grande piste cyclable : le quartier s’était profondément métamorphosé.

Mais le nouveau maire Frédéric Marquet, qui avait fait du retour de la voiture une promesse de campagne, a confirmé via son adjointe aux mobilités douces Anne Laumond que les cyclistes n’auraient plus droit qu’à une seule piste sur l’avenue Aristide Briand. L’association CADRes Mulhouse a protesté par lettre ouverte, demandant que les mobilités douces restent prioritaires sur l’axe Franklin-Roosevelt.

Un risque financier réel pour la mairie

Ce revirement n’est pas sans conséquence potentielle sur les finances publiques. Le programme de développement des mobilités douces avait mobilisé 13,5 millions d’euros pour sa première tranche, dont 8 millions apportés par la Ville, complétés par des financements extérieurs provenant de l’Agence de l’eau Rhin-Meuse, de M2A, de l’ANRU, de la Région Grand Est, de la Collectivité européenne d’Alsace, du Fonds vert, de la DSIL et des fonds européens.

Or ces subventions publiques comportent des clauses de reversement strictes. Pour la DSIL et le Fonds vert notamment, toute modification sans autorisation de l’affectation de l’investissement, avant l’expiration d’un délai de 5 ans à compter du versement du solde de la subvention, entraîne l’obligation de rembourser les sommes perçues. Si le réaménagement de la voirie en faveur de la voiture est qualifié de changement d’affectation par les préfets ou par les co-financeurs européens, la mairie pourrait donc être contrainte à rembourser une partie significative des aides obtenues. Aucune décision en ce sens n’a été annoncée à ce jour, mais la question mérite d’être posée publiquement.

Un enjeu de santé publique persistant

Selon un rapport d’Atmo Grand-Est sur la qualité de l’air en 2023, Mulhouse figurait parmi les agglomérations de plus de 100 000 habitants présentant un dépassement de la valeur cible pour la protection de la santé humaine et de la végétation. Ce constat sanitaire n’a pas disparu avec les revirements politiques. M2A a signé en juillet 2025 la Charte Air-Santé avec d’autres élus du Haut-Rhin, et de nouvelles limitations de vitesse sont à l’étude.

Au niveau national, le Conseil constitutionnel a censuré le 21 mai 2026 la suppression des ZFE, au motif du cavalier législatif. Les zones à faibles émissions restent donc en vigueur, et la vignette Crit’Air garde sa valeur dans les métropoles concernées.

Mulhouse se retrouve ainsi dans une position inconfortable : des aménagements urbains coûteux, financés en grande partie par des fonds publics fléchés vers la transition écologique, sont en train d’être partiellement défaits par une nouvelle majorité municipale. Entre responsabilité sanitaire, engagements financiers et calendrier électoral, la ville devra tôt ou tard rendre des comptes, aux citoyens comme aux financeurs.


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